GuinéeMamady Doumbouya, de la légion étrangère au coup d’État

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Le chef des forces spéciales, le lieutenant-colonel Mamady Doumbouya, dans une vidéo envoyée à l’AFP par une source militaire, le 5 septembre 2021. MILITARY SOURCE / AFP
Depuis 2018, il est le chef du Groupement des forces spéciales de l’armée guinéenne, derrière le coup d’État et la capture du président Alpha Condé, dimanche.

Béret rouge, lunettes de soleil, et enveloppé dans un drapeau guinéen, il a dénoncé la “gabegie” dans le pays, annoncé la capture du président, la dissolution de la Constitution, et promis d'”engager une concertation nationale pour ouvrir une transition inclusive et apaisée”. Voici comment est apparu dimanche le lieutenant-colonel Doumbouya, dans une vidéo au côté de putschistes en uniforme et en armes.

Ces forces spéciales sont derrière le coup d’État de dimanche et la capture du président Alpha Condé, largement condamnés par la communauté internationale. “Nous allons réécrire une Constitution ensemble, cette fois-ci, toute la Guinée”, a assuré de son côté le chef des putschistes, déplorant qu’il y ait eu “beaucoup de morts pour rien, beaucoup de blessés, beaucoup de larmes”. S’il apparaît comme le nouvel homme fort, ce colonel au physique impressionnant n’est pas totalement inconnu dans le pays.

Ascension en 2018

Le peuple guinéen découvre Mamady Doumbouya le 2 octobre 2018, lors de la célébration des 60 ans d’indépendance de la Guinée. Un défilé a lieu au stade du 28 septembre situé à Conakry, capitale du pays. Le président Alpha Condé assiste à cette cérémonie où apparaît le Groupement des Forces spéciales.

Il s’agit de la toute nouvelle unité dans le pays, créée par le président lui-même, pour lutter officiellement contre le terrorisme, et dont le commandement a été confié à Mamady Doumbouya, ancien instructeur à la légion étrangère française originaire de la région de Kankan, au nord-est de la Guinée. Ces forces spéciales sont surentraînées, disposent du meilleur équipement, et les hommes font forte impression lors du défilé.
Quelques mois plus tard, en février 2019, le lieutenant-colonel Doumbouya représente son pays à l’occasion du Flintlock, au Burkina Faso. Cet exercice militaire organisé par l’armée américaine, à Ouagadougou, rassemble plusieurs haut gradés du continent. On retrouve notamment Assimi Goïta, actuellement le nouvel homme fort au Mali après le coup d’État qui a renversé le 18 août 2020 le président Ibrahim Boubacar Keïta.

Interrogé par Guineenews.org, Mamady Doumbouya décrit l’exercice militaire du Flintlock comme un “partage d’expérience”. Il ajoute : “La Guinée est engagée aux côtés de ses frères maliens à Kidal, dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. Pour nous, c’est une affaire qui nous concerne”.

Solide expertise

En plus de son expérience, Mamady Doumbouya dispose d’une très solide formation. Il a été formé à l’Ecole d’application de l’infanterie au Sénégal, l’Académie de Sécurité Internationale à Israël, l’Ecole d’État-Major de Libreville (EEML) au Gabon ou encore à l’Ecole de guerre de Paris, comme le précise le quotidien Vision Guinée. Il est également titulaire d’un Master 2 en défense et dynamiques industrielles à l’Université Panthéon-Assas Paris II.

Selon Steve Toure, correspondant de France 24 au Niger et au Burkina Faso, “ce n’est pas quelqu’un qui est de l’échelon militaire. C’est quelqu’un qui a débarqué avec son expertise, son expérience. Il a mené plusieurs opérations, en Afghanistan. C’est quelqu’un qui est opérationnel s’il faut le résumer”.

“Le colonel Doumbouya est capable d’identifier et de désamorcer des situations à risque en restant calme face à un environnement hostile et une pression extrême”, a aussi souligné à l’Agence turque Anadolu, le journaliste Aladji Cellou, porte-parole du ministère de la Défense nationale de la Guinée. “Il s’adapte et improvise face à toute situation qui demande une maîtrise de soi, une évaluation du risque et une prise de décision rapide”.

Avec sa forte expérience et son ambition, l’homme suscitait néanmoins la méfiance des autorités dans le pays, du fait de son souhait d’autonomiser le Groupement des forces spéciales de l’armée guinéenne par rapport au ministère de la Défense.


Source: seneweb.com