Malcom X : Destin Tragique D’un Reconverti

Single Post
Sunufm Radio
Sunufm Radio
Développeur: GS3 Sénégal
Prix: Gratuit


Single Post
Malcom X : Destin tragique d’un reconverti
Parti d’une injustice familiale et raciale, Malcom X va sombrer dans la délinquance avant de retrouver la lumière en prison. Nationaliste noir, il changera de vision à la fois politique et religieuse, avant de se faire tuer par ses ex-camarades qui voyaient en lui un traitre.
Voilà 95 ans que naissait un homme dont le nom est inscrit en lettres d’or dans les annales de l’histoire du monde, celle des Noirs américains en particulier. Le 19 mai 1925, voyait le jour un certain Malcom Little qui deviendra plus tard Malcom X ou El Hajj Malek El Shabazz. Figure emblématique de la cause des Noirs aux Etats-Unis assassiné en 1964, il fait partie des 4 grandes icônes de la lutte contre les discriminations raciales, avec Martin Luther King, Rosa Parks et sans doute le moins connu, Daisy Bates.
Ironie de l’histoire, Malcom est le fils de Earl Little, prêcheur baptiste qui défendait le retour des Afro-Américains au Liberia, parce que ne voulant pas leur intégration dans une société américaine raciste. En fait, le petit Malcom a grandi dans un environnement ou tout le préparait à haïr les Blancs. Outre son père qui ne voulait pas devenir citoyen des Etats-Unis, sa mère, Louise Helen Norton Little, éprouvait une haine viscérale à l’encontre de la race blanche.
Ce dégout vient du fait qu’elle est née d’un viol dont sa mère, une Afro-Américaine, a été victime de la part du Blanc. Elle s’est donc appliquée à transmettre ce sentiment de rejet à son fils. Sa mère était d’ailleurs assez dure avec lui, pense-t-il, parce que tout simplement, il a le teint le plus clair de la fratrie. Un teint qui rappelle cette “honte” que Malcom qualifiera plus tard de “goutte de ce sang de violeur”.
Jeunesse marquée au fer rouge
La jeunesse de Malcom X est pleine de soubresauts. Résidant à Omaha, la famille est contrainte de déménager sous la menace du Ku Klux Klan, une société secrète terroriste parmi les groupes de suprémacistes blancs. Le Klan accusait son père d’être proche d’un groupe ennemi. Ses parents passent d’une localité à une autre avant de s’établir à Lansing, dans le Michigan. Leur maison sera incendiée en 1929, alors qu’il avait juste 4 ans. Bien que toute la famille soit présente au domicile, personne n’est grièvement blessé.
Dans son autobiographie, le leader noir accuse les sapeurs-pompiers de n’être pas arrivés à temps pour éteindre le feu. Quant à la police, au bout de l’enquête, elle conclut que c’est le père de Malcom qui a mis le feu à la maison, pour une indemnité à l’assurance. Il sera mis aux arrêts, placé en garde à vue puis relâché sans suite. Après cet épisode, le père charpentier va construire lui-même une maison à Logan Street. Mais, en 1931, il est fauché par un tramway.
Cependant Malcom, ainsi que la communauté noire avant lui, ne croit pas à la thèse d’un accident. Il pense que c’est un assassinat, sachant que, dit-il, la famille était dans le collimateur du Black Legion, un groupe affilié au Ku Klux Klan accusé par son papa d’avoir mis le feu dans sa maison.
Malcom se retrouve ainsi orphelin à l’âge de 6 ans. Dans cette Amérique raciste des années 30, la famille Little va subir une terrible injustice, en plus de la perte du chef de famille. En fait, le papa avait souscrit à deux assurances-vie. Mais la plus importante ne sera pas touchée, puisque la compagnie va déclarer que le père de Malcom s’est suicidé pour ne pas payer. Sa mère se contentera donc de l’indemnité la moins importante.
Système raciste impitoyable
Bon élève, premier de sa classe, Malcom obtient rapidement le premier diplôme. Dans un pays normal, il est promu à une belle carrière ; pourquoi pas avocat, une profession très prisée aux Etats-Unis. Malcom rêve de porter la robe, mais il doit faire face à la réalité. Dans une nation où le Noir est considéré un sous-homme, la seule chance qui lui est offerte reste l’échec. Il décroche du système scolaire sur conseil d’un professeur qu’il admire, mais refuse de devenir à son tour charpentier, comme le lui suggère l’enseignant.
Autant d’épreuves, d’injustices vont marquer au fer rouge la personnalité. L’adolescent passe d’une maison d’accueil à une autre, multiplie les petits boulots avant de sombrer dans la délinquance, après avoir échoué à se faire enrôler comme soldat, lors de la Seconde Guerre mondiale. Les portes de l’armée lui sont fermées parce qu’on l’accuse d’être communiste et même d’avoir essayé d’intégrer l’armée japonaise.
Entre cambriolage, racket, vente et consommation de drogue, il finit en prison en 1946 pour tentative de vol d’une montre de plus de mille dollars. Il écope de 10 ans de prison et échappe à une autre inculpation pour viol, grâce au refus de ses copines blanches de l’accuser, en dépit de la pression qu’elles ont subie de la part de l’appareil judiciaire.
La prison, un tournant
En prison, Malcom découvre le monde des livres. Il croit avoir trouvé aussi la voie du salut. Il multiplie les correspondances, notamment avec son frère, grâce à qui il intégrera plus tard l’organisation Nation of Islam basée à Chicago.
Transféré dans le Massachusetts grâce aux efforts de sa sœur, il trouve une bibliothèque plus grande. Dans son autobiographie, il dit n’avoir jamais été aussi livre toute sa vie durant. Il n’a d’ailleurs pas senti les années passer en prison.
Sa vie prend une nouvelle tournure, car il est de plus en plus célèbre et écouté. Sorti de prison, il rencontre le leader de Nation of Islam et intègre officiellement l’organisation en 1952. Considérant son nom de famille comme un héritage de l’esclave, il le change en X, parce que ne connaissant pas son nom de famille d’origine. C’est donc X l’inconnu, mais aussi X la marque appliquée au fer rouge sur la peau de certains esclaves pour les identifier.
Grand lecteur, grand orateur, il devient rapidement un prêcheur remarqué de Nation of Islam. Son passage dans une émission télévisée en 1959 le projette en pleine lumière. D’abord aux Etats-Unis, puis dans le monde, les médias ont un intérêt grandissant pour son discours. Dans ses interventions, il qualifie les Blancs de diables, comme le veut la vision de Nation of Islam. Il en devient rapidement le numéro deux derrière Elijah Muhammad et massifie l’organisation.
Malcom défend la suprématie des Noirs et critique les méthodes non violentes des mouvements afro-américains qui prônent l’égalité des races et une société intégrée.  Le leader noir se félicite de l’assassinat de Kennedy et gagne davantage en popularité chez les jeunes défavorisés qui se reconnaissent dans son discours. Il participe à la conversion en islam du boxeur Cassius Clay devenu Mouhamed Ali.
Divorce avec Nation of islam
Mais, au début de la décennie 60, Malcom se rapproche de l’islam sunnite et s’éloigne de Nation of Islam et de son patron Elijah Muhammad. En fait, Malcom a changé de philosophie. Il veut désormais se rapprocher des mouvements afro-américains. Il pense aussi que le combat politique doit être séparé des convictions religieuses. Ce qui l’amène à s’associer avec des Noirs non musulmans. “Nous ne mélangeons pas notre religion et notre politique. Nous gardons notre religion dans notre mosquée”, dit-il.
L’assassinat de Kennedy va mettre au grand jour les divergences avec Elijah Muhammad. Il quitte Nation of Islam le 8 mars 1964 et crée sa propre organisation religieuse, The Muslim Mosque Inc, 4 jours plus tard. En avril 1964, il effectue son pèlerinage à La Mecque et embrasse l’islam sunnite et condamne le racisme blanc de ses anciens camarades.
À son retour de La Mecque, il fonde l’Organisation pour l’unité afro-américaine dont l’objectif est d’unir les Noirs. Il a donc deux entités au fonctionnement autonome ; l’une politique et l’autre religieuse.
Ses anciens compagnons de Nation of Islam le prennent alors pour un traitre et sont déterminés à avoir sa tête. Il échappe à un premier attentat à la bombe dont sa maison a été la cible. Le 21 février 1965, ce qui devait arriver arriva.
Lors d’un discours à Harlem, un individu profite d’une petite dispute pour s’approcher et lui tirer au ventre. Pendant qu’il tombait, 21 balles sont déchargées sur lui devant sa femme et ses enfants. Il meurt au cours de son évacuation.
Un crime sans commanditaire, même si 3 membres de Nation of Islam seront reconnus coupables en 1966.