[maraboutage (1/3)] Bureau, Couple, Foot..: Une Pratique Ancrée Dans Les Imaginaires

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Maraboutage, Une pratique ancrée dans les imaginaires
Mathias Pogba, frère du footballeur français Paul Pogba accuse ce dernier d’avoir essayé de marabouter son coéquipier de l’équipe de France Kylian Mbappé dans une vidéo publiée le 28 août dernier sur Twitter. Une occasion  de démystifier cette pratique dans tous les domaines.

«Le maraboutage et les sacrifices sont une réalité dans la musique. C’est la concurrence qui le favorise», a révélé le chanteur Pape Ndiaye Thiopet dans un entretien accordé au journal l’Observateur en octobre 2021. Le journaliste culturel Alioune Badara Mané abonde dans ce sens. Il affirme que c’est quelque chose de fréquent dans le milieu. «Il y a des artistes qui n’hésitent pas à aller voir un marabout pour freiner un collègue», avoue-t-il. Il donne l’exemple d’un célèbre chanteur qui avait le vent en poupe en 2009. L’artiste avait sorti un album très apprécié par les mélomanes. Mais le chanteur va tomber brusquement malade. Interrogé deux ans plus tard, il révèle avoir été victime de maraboutage. L’artiste a confié avoir du mal à revenir sur le devant de la scène. «Il y a même une chanteuse qui a récemment eu un problème avec les cordes vocales. Tout cela suscite beaucoup d’interrogations», dit-il énigmatique.

Le milieu sportif n’échappe pas au maraboutage. Dans son mémoire de maîtrise es-sciences et techniques des activités physiques et sportives (STAPS), Massaer Mbodj est longuement revenu sur la question. « Le désir de vaincre pousse souvent certains athlètes, entraîneurs, dirigeants à user de moyens souvent irrationnels comme les pratiques mystiques qui n’ont rien à voir avec l’éthique du sport », lit-on dans le document. Plus loin, il soutient qu’au Sénégal, les pratiques mystiques occupent une place prépondérante dans le domaine sportif comme dans tous les compartiments de la société.

Makhou est un passionné de football. Le trentenaire vit pleinement sa passion pour le ballon rond. Mais un incident a failli causer le divorce entre lui et le football. En effet, c’est en 2015 que le sieur va vivre une rude épreuve. « J’ai eu à être marabouté. C’était une période très difficile et j’étais vraiment perdu à l’époque », se remémore le footeux. Ses douleurs se sont manifestées par des maux de ventre, des vertiges et des vomissements. C’est après un passage chez un marabout qu’il arrive enfin à reprendre ses esprits. Malgré cet incident, la passion du joueur reste inébranlable.

Difficiles sorts

«Ku bëre wul, ñu bëre da nu sa kaaw», dit un proverbe sénégalais. Cette citation résume en quelques mots la place du mysticisme. Il faut savoir se tenir prêt pour éviter toute surprise. Autrement dit, il faut être mystiquement blindé pour se prémunir des mauvais sorts. En effet, le Sénégal a ses coutumes, ses croyances bref ses réalités et le maraboutage en fait partie. Certains n’hésitent pas à faire recours aux forces occultes au grand dam des victimes. Aicha Gueye en a payé les frais. La jeune fille raconte avoir été victime de maraboutage de la part sa belle-mère. C’est sur le réseau social Facebook qu’elle s’est confiée. Elle parle d’un acte perpétré par la mère de son fiancé. Mais cela s’est retourné contre son fils. «Nous étions ensemble depuis cinq ans. Actuellement, il ne veut rien savoir de moi», avoue Aicha, désespérée. Cette dernière espère des prières pour récupérer l’élu de son cœur. 

«J’ai été victime à plusieurs reprises d’un accident et quand j’ai consulté un marabout, il m’a révélé que ce sont deux collègues à la peau foncée qui ont tenté de me tuer par le maraboutage», avoue Pape Mbaye. Ces collaborateurs se révèlent aussi être ses «meilleurs amis» au service. Le sieur affirme que le marabout lui a clairement donné des indications. «Je partage avec eux les repas et je leur loue deux de mes chambres», confie-t-il. Pape a depuis lors coupé tout contact avec ses collègues.

Marie Diop est venue en vacances au pays de la Teranga histoire de profiter de sa famille. La Sénégalaise vivant au Maroc travaille dans un centre d’appel depuis 2017. Avec ce boulot trouvé au royaume chérifien, elle arrive à aider sa mère dans certaines charges. Après quelque temps à l’étranger, elle rentre au pays comme chaque année pour se reconnecter avec son pays d’origine et profiter de sa famille. Cependant, elle n’arrive plus à prendre son envol. « Je suis à Dakar depuis le mois d’août sans travail ni revenus. C’est comme s’il y avait une force qui m’empêchait de quitter le pays. Il y a toujours quelque chose qui me pousse à reporter le voyage», confie la jeune femme totalement désorientée. La téléopératrice a immédiatement pensé au maraboutage et reste formelle. «On m’a maraboutée au point de ne pas pouvoir retourner au Maroc car croyant que je gagne énormément d’argent au royaume chérifien», avoue-t-elle dépitée. 

Entres prières et protections

Fatou Lo est une mère de cinq enfants. La cinquantaine révolue, elle avoue croire au maraboutage. «Il faut toujours être sur ses gardes et protéger sa famille », observe-t-elle. La mère de famille n’hésite pas à faire des prières pour protéger les siens. Chaque jour, après chaque prière, elle formule des souhaits comme méthodes préventives. «Il m’arrive aussi d’aller voir des érudits pour me préserver et préserver ma famille du maraboutage», révèle-t-elle tout en condamnant cette pratique.

Certaines personnes ne croient que ce qu’elles voient comme Saint Thomas, et Kemo Cissé fait partie de cette catégorie. Le sieur n’a jamais accordé du crédit à tout ce qui est maraboutage et a son explication. Selon ce dernier, cette pratique ne va pas avec la religion.  Dans toutes les circonstances, il a des sourates à réciter pour se protéger du mal. Comme l’on dit, mieux vaut prévenir que guérir !


Source: seneweb.com